Le cinéma français des origines à nos jours *

(à partir d’une trace de Roberto Figazzolo)

1) Minutes 00-03 Lumière : les débuts

28 décembre 1895 premier spectacle public de cinéma payant, un franc, dans une des salles du Grand Café de Paris. Premiers essais filmés (10) de Louis et Auguste Lumière, La sortie des ouvriers des usines Lumière, L’arrivée du train à la gare de La Ciotat, paysages urbains et foires : le cinéma comme instrument de documentation objective. A remarquer l’indifférence des sujets filmés vis à vis de la caméra, moyen trop « étranger » pour intimider, les 16/18 photogrammes filmés, les 24/25 de reproduction aujourd’hui. Le cinéma ne raconte pas d’histoires car il « documente la réalité » et la réalité n’est pas faite d’histoires, de narration, de fiction.

2) 03-06 Lumière : on commence à raconter.

Les histoires entrent au cinéma. Même les frères Lumière doivent prendre en compte la narration.
On passe d’une simple mais déjà très intéressante documentation de l’existant à la mise en scène d’une histoire, d’abord involontaire et esquissée : le repas du bébé, où Auguste Lumière et sa femme donnent à manger à leur enfant, (importance des regards vers la caméra, de la différente attention pour celui qui filme, du feuillage que le vent fait bouger) puis planifiée et véritablement jouée devant la caméra, la séquence qui seulement plus tard sera appelée Arroseur et Arrosé et qui implique un scénario, un espace set, des acteurs acteurs et le développement du gag, v. la révérence de l’enfant au public à la fin de la scène.

3) 06-09 Méliès, l’art d’émerveiller.

Une avancée grandiose avec Georges Méliès, déjà homme de spectacle, prestidigitateur, qui a l’intuition des énormes potentialités d’entertainment / amusement du cinéma. Il crée la Star Film (maison de production), il produit plus de 600 films de 1896 à 1908.
Des jeux de prestige simples et efficaces dans Un homme de têtes, 1898 aux atmosphères de « kolossal » dans Le voyage dans la lune,1902 ; les scenari sont toujours plus complexes et détaillés, les costumes, le jeu mélodramatique, l’utilisation du corps féminin déjà très dénudé pour l’époque : les hôtesses de la fusée.
On remarque l’anthropisation de la lune, l’ironie vis à vis de la science qui ne respecte plus rien : la fusée qui finit dans l’œil de la planète la plus chère aux Romantiques.

4) 09-12 Louis Feuillade, 1915 ; le genre.

Naissance des deux grandes maisons de productions : Pathé et Gaumont
Vu que déjà au début du vingtième siècle les « sérials » jouissaient d’un grand succès en Amérique, la France aussi s’essaye aux genres , c’est à dire à des films où l’histoire en elle-même compte davantage que la façon ou le soin utilisés pour la raconter.
Louis Feuillade, prolifique directeur de la Gaumont, tourne entre 1907 et 1913 jusqu’à 80 films passant parmi les genres les plus différents. Son personnage le plus connu est Fantomas pour lequel Feuillade adapte à l’écran les classiques de Pierre Souvestre et Marcel Allain.
Le criminel par excellence est surclassé seulement par son autre sérial Les Vampires, épopée de criminels guidés par une « égérie ». Le mérite de Feuillade consiste à mélanger des prises de vue en studio à d’autres dans les rues de Paris avec le résultat de juxtaposer le « banal » au « fantastique » créant un climat cauchemardesque encore très moderne.

5) 12-15 Assayas l’inspiration qui provient de loin.

La séquence numéro 5) démontre la modernité de Feuillade où par un saut temporel éclatant nous montrons l’influence du pionnier sur le cinéma contemporain. Irma Vep, de Olivier Assayas, France, 1996. On imite de nombreux plans des Vampires de Feuillade les unissant à un autre grand mythe du cinéma français, Jean- Pierre Léaud, le personnage fétiche de toute une vie de François Truffaut, sous le même nom d’Antoine Doinel.

6) 15-20 Les rêves au pouvoir : les avant-garde.
Pendant les années 1920 le cinéma subit un processus de radicale transformation, annulation et redéfinition du statut et des mécanismes expressifs. Un processus qui investit entièrement la cinématographie française et qui produisit vraiment, grâce à un intense dialogue entre futurisme, expressionnisme, dadaïsme et surréalisme, quelques monuments de l’Histoire du Cinéma mondial.
Exemples différents mais liés par :
a) La volonté de se placer en dehors du système cinématographique industriel
b) Une forte charge anti-institutionnelle
c) Une expérimentation linguistique et expressive

Séquences extraites de trois exemples :
Le ballet mécanique de Fernand léger, France 1924
Anémic cinéma de Marcel Duchamp, France 1926
Retour à la raison de Man Ray, France 1924
Tous des films d’avant-garde, qui sont plus dada peut-être que simplement surréalistes. Le dadaïsme est, en effet, un courant artistique qui, comme le soutient Vaché : « manque de la capacité de créer des projets, il n’a rien d’autre à exprimer à travers ses choix artistiques, que le sentiment d’inutilité théâtrale (et sans joie ) de tout ».

7) 20-23 A cheval entre les deux guerres : le réalisme poétique

Si Feyder donna naissance au « réalisme poétique » ( après les vols pindariques des avant-garde un retour aux thèmes de la « représentation vraie ») avec Pension Mimosa de 1934, ce fut avec Julien Duvivier, Marcel Carné et Jean Renoir , fils du peintre Jean Auguste Renoir, que le mouvement s’affirma définitivement. Voilà alors Pépé le Moko de Duvivier en 1937, qui contribua à la renommée mondiale de Jean Gabin, mais surtout une des expressions les plus réussies du mouvement : La grande illusion, de Jean Renoir de 1937, dont nous voyons la séquence initiale.
Renoir fut par la suite obligé de s’expatrier aux Etats-Unis, mais il dirigea auparavant la Règle du Jeu considéré universellement par la critique mondiale un des meilleurs films de tous les temps.

8) 23-25 Les Cahiers

Avec la création en 1951 de la revue Cahiers du cinéma André Bazin inaugure une approche critique de cet art jusqu’à ce moment-là inédite. Pour la première fois les critiques ne se limiteront plus à juger un film mais se donneront aussi l’objectif de révolutionner tout un système productif.
Jean-Luc Godard, François Truffaut, Claude Chabrol, Luc Mollet. Jacques Rivette, Robert Bresson ouvrent un débat international, revalorisent le cinéma hollywoodien et surtout les avant- garde européennes inaugurant la soi-disant « politique des auteurs » (Rossellini et Ophuls sur tous).Voici une séquence extraite du film , «A’ bout de souffle de Godard », 1960 un des premiers exemples, parmi les plus significatifs, de la « nouvelle vague » interprétée par le couple mémorable représenté par Jean Paul Belmondo et Jean Seberg.

9) 25-28 le bis de la « nouvelle vague »

Au moins une autre voix de la très importante nouvelle vague , celle qui semble la plus facile et la mieux disposée vis à vis du public le moins cinéphile, est celle de François Truffaut avec son film le plus renommé Les quatre cents coups, France 1959. Entouré par un milieu hostile, fils indésirable et étudiant incompris le jeune Doinel se défend comme il le peut, faisant l’école buissonnière, racontant des mensonges et effectuant des petits vols.

10) 28-32 Des années ’70 à 2000 ; le cinéma d’aujourd’hui qui compte

La France aujourd’hui doit surtout tenir compte d’un cinéma commercial plutôt esclave de sa dépendance et de son attention pour le cinéma américain : Luc Besson en tête (Léon, le cinquième élément, Nikita).
Le panorama de son cinéma d’essai est très différent et voit de nouveaux noms apparaître sur la scène internationale. A la fin des années ’80 outre Olivier Assayas déjà cité, lui-aussi critique des Cahiers, qui débute avec Désordre en 1986, il y aura Patrice Leconte avec Tandem en 1987, Jean Pierre Jeunet avec Delikatessen en 1991 et Le fabuleux destin d’Amélie Poulain 2001, ou Mathieu Kassovitz avec La haine en 1995. Nous assistons aujourd’hui à la production de films grâce à des réalisateurs d’origine maghrébine comme Mahdi Charef (Le thé au harem) et Abdellatif Kéchiche (L’esquive, La graine et le mulet, La Vénus noire) , très apprécies même à l’étranger.
Le cinéma francophone, en plus, voit les belges Frères Dardenne (Rosetta, Le fils, Le silence de Lorna), réaliser une série extraordinaire de films qui reproduisent, avec des moyens matériels limités mais des résultats artistiques excellents, une réalité sociale quotidienne, marginale et sombre.
Nous aimerions cependant pour terminer citer un autre nom celui de François Ozon, qui avec Michel Gondry, auteur de L’art du rêve, réussit à unir un esprit visionnaire post-moderne à des atmosphères intimes et romantiques propres à la France.

 

La Nouvelle Vague dans le cinéma français

Les premières années de l’après-guerre voit les grands réalisateurs de la décennies précédente dominer encore le panorama du cinéma français. Le cinéma est désormais une sorte d’industrie, avec ses règles, ses professions désormais bien formalisées, ses parcours institutionnels de formation pour les différents sujets impliqués dans la réalisation. Con assiste à la continuation des productions de la part des tenants de la qualité française qui réalisent un cinéma « de qualité » comme il est appelé, très soucieux du respect des règles dans ses productions.
Carné, Autant-Lara, Renoir, autant de grands auteurs qui pensent que le cinéma est un métier et qui essaient de s’en tenir à des normes très strictes dans la construction de leurs scénarios.
Dans ces productions les rappels du théâtre, des pièces, des œuvres littéraires sont très nombreux. Le théâtre surtout reste le genre artistique le plus proche et évoqué : les décors, les acteurs surtout avec leur jeu (pour la plupart il viennent du théâtre), les intérieurs privilégiés aux tournages dans la rue, etc. Tout est tourné dans des décors plutôt fictifs, surtout à cause de l’appareillage qui ne permet pas beaucoup de liberté de mouvement.
Au cours des années ’50, la cinéphilie se répand de plus en plus et une nouvelle figure s’impose, celle des critiques du cinéma.
Naissent des revues de cinéma importantes : au cours des années 50 les Cahiers du Cinéma sont la revue la plus importante. Autour de la fin des années 50, un groupe de critiques (qui veulent devenir eux-aussi cinéastes réalisateurs) deviennent les auteurs les plus influents aux Cahiers. Il s’agit de Truffaut, Godard, Rohmer, Rivette, Tavernier, Chabrol, Varda. Ils deviendront tous réalisateurs et ils vont être les protagonistes du courant qu’on va appeler « La nouvelle Vague ».
Dans le Cahiers de juillet 1958, Godard dit : « Le cinéma n’est pas un métier, c’est un art » :
le premier modèle est le cinéma américain , avec ses sujets, sa liberté de tout genre, son jeu moins académique.
Les Cahiers lancent pour le cinéma « La politique des auteurs ».
Les critiques devenus des réalisateurs jouissent de la faveur d’un public éduqué par les ciné-club et de la cinéphilie de ce années. Les premières productions se situent autour de 1957-60.
Chabrol dirige et produit Le beau Serge en 1957, Les 400 coups de Truffaut sortent en 1959, Godard lance A’ bout de souffle en 1960.
Tournage à l’économie, qui oblige à chercher des éclairages naturels (en plein air) et des pellicules particulièrement sensibles. Toute une série d’innovations techniques sont en cohérence avec les idées des nouveaux réalisateurs : microphone multidirectionnel, magnétophone portable, caméra portable silencieuse,
Grande période de renouveau autour de 1958 : avènement de la Vème République en relation avec la Guerre d’Algérie ; les nouveaux philosophes / anthropologues (Foucault, Barthes, Bourdieu, etc.) , le Nouveaux Roman, la sémiologie. Période de renouveau intense.

De wikipédia :
On voit apparaître une nouvelle façon de produire, de tourner, de fabriquer des films qui s’oppose aux traditions et aux corporations. Devenu Ministre des Affaires Culturelles en 1958, André Malraux facilite l’accès à la réalisation des jeunes cinéastes sans passer par le parcours traditionnel de la profession (l’école du Cinéma). Le changement de société et de mœurs, le désir de transformer le cinéma et de rompre avec le passé sont au principe de la Nouvelle Vague. Celle-ci n’est pas une
« école artistique » avec un style particulier, mais plutôt un esprit qui aura autant de traductions différentes qu’il y a de cinéastes pour s’en emparer. […] . C’est toute la grammaire du cinéma qui est remise en question de multiples manières, dans le tournage, le jeu des acteurs, le montage, l’utilisation de la voix off, le rapport à l’autobiographie, la manière de filmer la ville ou les sentiments.
Les films de la nouvelle vague sont aussi caractérisés par leurs héros. Une étude menée sur 18 films de la nouvelle vague montre que les héros sont jeunes et contemporains. Ce sont des gens ordinaires qui ne s’occupent que de leurs affaires personnelles. Ils sont en quête d’indépendance. Ils sont souvent oisifs, n’ont pas peur d’enfreindre la loi, sont indifférents à la société et à la famille et sont en quête d’amour.

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